Une amie va se faire avorter. Nous étions touchés de partager une vraie discussion sur ce sujet avec elle. Pour ma part, je trouve nos situations et choix personnels incomparables. Son choix ne nous a pas révoltés car sa décision était mûrie. Nous voulons la soutenir, ne pas la juger ou la condamner. De son côté elle a ressenti l’injustice de la vie lorsque Cédric lui avait parlé de ma fausse couche la veille de son test positif. Nous avons parlé des symptômes que je n’avais pas enceinte alors qu’elle les a tous. La vie est parfois mal faite.

 

 

 

 

 

C’est un premier avril que Nathalie m’annonce qu’elle est enceinte. Elle a toujours cru en ce miracle qui s’est produit le plus naturellement du monde. Je lui parlais de ma fausse-couche quand elle est tombée enceinte, « Tomber enceinte » drôle d’expression. Je devine le malaise qu’elle ressent vis-à-vis de moi : il y a peu les rôles étaient inversés. Je la rassure et continue de lui faire part de mes pensées.

 

D’ailleurs en ce moment je ne suis pas en grande forme, Cédric non plus. Pour lui ce sont deux entorses aux pieds et une contracture dans le dos. Quant à moi, j’ai des plaques rouges qui apparaissent sur le cou et le visage. Je me mets à repenser à ma fausse couche du mois dernier. Je l’encaisse seulement maintenant. Le travail et un déplacement d’une semaine à l’étranger m’avait fait tourné la page trop rapidement. Je fais une cure de magnésium et me badigeonne de corticoïde pour venir à bout de ce psoriasis qui m’envahit la peau et fait ressortir au grand jour mon mal être.

 

Il me faudra un mois et demi pour me rétablir. Nous débutons notre dernier traitement avant la fermeture du centre de cet été. Tout se déroule bien, Cédric me fait mes piqûres. Ses horaires lui permettent d’être là pour me soulager de cette contrainte. Il m’a fait deux ou trois piqûres à la dernière minute tellement nous y pensons peu. Je ne me sens pas dans les meilleures conditions pour cette tentative, je n’ai pas encore vraiment digéré les évènements du début de l’année. Les jours filent et nous arrivons bien vite à la date du résultat de ma prise de sang. Je l’ai récupéré en sortant du travail sans précipitation : 100 UI/ml j’en ai le souffle coupé. Le résultat correspond a plus du double de ma première prise de sang lors de ma FIV de janvier. Totalement réjouis nous partons en week-end sans l’ombre d’une inquiétude pour la seconde prise de sang de lundi.

 

Ces deux jours passés chez les parents de Cédric nous ont changé les idées. C’est reposés que nous revenons dans notre appartement le dimanche soir. Le lendemain matin, Cédric m’accompagne de bonne heure au laboratoire. La prise de sang effectuée, nous prenons un petit déjeuner au salon de thé à côté comme nous en avons maintenant l’habitude après ce genre de test. Puis nous récupérons la voiture et je dépose Cédric à son bureau avant de rejoindre moi-même mon travail. A midi je m’approche de la ruelle où j’avais déposé Cédric, nous avons prévu de manger ensemble et qu’il m’informe du résultat qu’il aura récupéré par un coup de fil au laboratoire. Cédric m’attend déjà, il est au coin de la rue, le visage attristé. J’ai compris. 83 UI/ml : le rêve s’est encore bien vite arrêté. Que va-t-il encore nous arriver ? Cédric est si triste. Une dernière prise de sang donne 5 UI/ml et confirme une deuxième fausse couche, précoce celle-ci et qui se fera naturellement telles de vilaines règles. Cédric a pris son après-midi et m’a emmenée pique-niquer, en rentrant nous irons faire des courses. Tout est organisé pour oublier.

 

 

 

« Nous n’allons pas vous envoyer de nouvelles ordonnances en vue d’une nouvelle tentative pour l’instant. Il faut d’abord que vous preniez rendez-vous avec le professeur dans le but de faire le bilan de vos derniers résultats », la sage-femme que j’ai au bout du fil me passe donc directement le secrétariat du professeur et rendez-vous est pris pour la fin de l’été. Pour l’heure nous préparons nos trois semaines de vacances et cette seconde fausse couche est bien vite oubliée.

 

 

 

Ces quelques jours de repos nous font le plus grand bien. J’ai encore matière à cogiter lorsque j’entends mon frère prôner sa descendance et parler de son fils comme de l’héritier de la famille, lui qui transmet le nom parce qu’il est un petit garçon dans lequel coule le sang de notre lignée. Le ton humoristique de cette allusion ne me rassure guère. Une nouvelle loi vient d’être votée où la femme pourra également transmettre son nom, elle fera peut être évoluer les mentalités (et compliquera la généalogie !). De passage chez nos parents, je tombe sur des magazines féminins concernant notre sujet : « pilule, THS… Quels sont les risques ? » et « Chéri, mon bocal a accouché ».Le premier traite en partie de la procréation assistée et n’est pas rassurant : risque de kystes multiples de l’ovaire, épaississement anormal de l’endomètre, ménopause précoce, doutes sur le risque de cancer de l’ovaire et du sein… Je passe. Le deuxième est plus caustique et aborde les progrès et projets de la science dans le domaine des utérus artificiels en affirmant que dans une cinquantaine d’année nous serons capable de faire des enfants sans être enceinte grâce à une fécondation in vitro associée à un développement de l’embryon en milieu artificiel. Dix ans en arrière et mon expérience en PMA aurait été rapidement limitée, dix ans dans le futur et elle aurait été certainement tout autre ! La question est pourtant toujours la même : « et nous ? C’est pour quand ? ».

 

 

 

 

 

 

 

Rentrés de nos quatre semaines de vacances, j’essaie de me motiver pour préparer mes cours avant

 

la rentrée. Cédric

 

a repris le travail mais difficilement ! Il a même rajouté une semaine de congé pour retarder ce moment fatidique.

 

Nous avons bien bougés pendant ces vacances, et nous retrouver chez nous, nous donne la nostalgie…

 

Mais il faut bien reprendre le quotidien.

 

 

 

Les premiers jours de septembre passent et je me sens de plus en plus irritable, je m’énerve parfois excessivement pour peu de chose. Je culpabilise d’être la plus fragile dans notre couple et j’ai peur que Cédric s’éloigne de moi. Peut être est-ce l’agitation hormonale de ces derniers mois ou le stress de reprendre cette rentrée avec les mêmes échéances que l’année dernière (nouvel an avec les amis, une fiv, un échec ? une fausse couche ?) ? Stress de la prochaine entrevue avec le Professeur ?

 

 Est-il bon que je ne m’ouvre à personne d’autre que Cédric ? Mais à qui ? Je voudrais parler à quelqu’un qui puisse me comprendre, qui ????

 

Je fais des calculs : les probabilités sont de plus en plus grandes que nous arrivions à notre but avant fin 2006 (3e voire 4e fiv…). Avant la fin de mes 30 ans ????? Je me leurre en pensant maîtriser mon envie de vivre dans le futur, le naturel refait surface…

 

J’ai l’impression que d’ignorer nos épreuves en passant tout de suite à autre chose n’est pas si salvateur : un jour ou l’autre il faut que je les digère. Je vis mal de ne pas être prise par l’action d’un traitement, d’une médicalisation, d’être en « pause ».

 

 

 

Nous discutons avec Cédric des prochains mois : Si

 

 

la prochaine FIVabouti à un échec que fait-on ? Court-on encore le risque d’effets secondaires ? Y croirons-nous encore ? Sommes –nous prêts à poursuivre ces épreuves ? Cédric commence à se lasser. Quant à moi, je réalise que malgré tout l’amour que l’on éprouve et les projets communs que nous avions, la vie pourrait nous séparer si nous n’évoluons pas dans le même sens face à ce refus de la nature de nous donner un enfant. Cédric peut évoluer vers le renoncement et moi vers l’adoption. Soit l’un se sacrifierait soit nous nous éloignerions ou pire en associant les deux combinaisons…. Cédric ne sait pas si notre dévouement dans les traitements vaut son désir d’enfant. S’il en avait un, il serait heureux mais est-il prêt à vivre tout ça encore longtemps pour vraiment en avoir un. Ne serait-il pas de toutes les façons heureux sans enfant ? Faut-il vraiment des enfants pour donner un sens à sa vie ? Finalement quelque part il est peut être plus prêt que moi à être parent car il semble plus détaché et ne pas tout rapporter à cette seule responsabilité.

 

 

 

Pendant les vacances, ma sœur est allée voir une kiné- ostéopathe et m’a convaincue d’en faire de même. Après quelques coups de téléphone je décroche un rendez –vous avec une médecin- ostéopathe qui – selon sa secrétaire- s’occupe de dégager le bassin pour les femmes qui suivent des traitements comme moi.

 

Cette technique me laisse septique : elle n’a fait que poser ses mains sur mon corps (ventre et diaphragme), c’est curieux. Elle pense pouvoir me libérer le bassin qui répond bien à ses manipulations et veut me revoir pour assouplir mon diaphragme.

 

« La médecine occidentale saucissonne le corps » me dit –elle, nous sommes d’accord !

 

Quant à notre entrevue avec le Professeur S, nous n’avons aucune réelle surprise : nous allons faire chacun un caryotype, il semble confiant en nos chances de réussite et je vais avoir droit à une hystéroscopie (sans anesthésie). On va sûrement faire la prochaine tentative en octobre. Le professeur encore détendu me questionne en m’occultant : « alors la rentrée se prépare, vous avez acheté vos petits cahiers et stylos de couleur ? » qu’il est taquin ce docteur…

 

 

 

S’en suit un week-end entre amis où nous nous sentons toujours aussi sensibles aux vies respectives de ces derniers avec tous leurs petits bonheurs. Deux amies parlent énormément grossesse, accouchement, en détaillant bien tout ce que l’on peut ressentir lorsque bébé bouge, les dates préférées pour concevoir bébé (afin d’avoir un maximum de congé). Ces paroles ont toujours autant de résonnance pour moi, elles font échos à mon ancienne insouciance quand la vie me le permettait encore. Lors d’un repas festif, un ami nous annonce, accroupi près de nous, qu’il va être papa… A part ces quelques quarts d’heures pénibles, inévitables, je suis heureuse de revoir tout le monde et je suis résolue à passer le nouvel an entourés de ces amis dans un gîte en Bourgogne.

 

 

 

 

 

De retour chez nous, nous débutons les examens médicaux qui vont s’étaler sur un mois. Les nouvelles semblent réconfortantes : nos résultats de caryotypes et dosages diverses ne relèvent rien d’anormal, de même pour mon hystéroscopie. Nous commençons donc le protocole de la troisième Fiv en octobre. Encore une fois le décapéptyl se fait en une seule prise en intra-musculaire et m’évite beaucoup de piqûres comparé à la première tentative. Je réussis à me faire les injections de gonal-f sans trop de réticence. Cette année j’ai pu m’arranger avec mon employeur pour adapter mes horaires pendant une semaine afin de pourvoir cumuler boulot et examens au CHU. Ainsi je ne serai arrêtée que trois et non quatre semaines à compter du 14/11 (semaine prévue du transfert). Entre temps Nathalie a accouché et je suis réellement heureuse pour elle : pour être franche cela faisait longtemps que je ne m’étais pas réjouie ainsi d’une naissance…

 

 

 

Avant même d’être en arrêt maladie, je dévore à nouveau des livres sur la procréation et l’infertilité : « je t’attendais » de Judith Uyterlinde finissant par l’adoption et « mieux vivre avec… une PMA » de Cendrine Barruyer.

 

 

 

Le 15/11/2005

 

 

 

Jour de la ponction. Je crois que ma petite salade de la veille n’était pas suffisante, il est six heures et ce matin j’ai faim or il faut que je reste à jeun pour l’anesthésie… il me fait drôlement envie ce jus de pomme qui est dans le frigo… Cependant je suis en forme et je me sens très calme. Je décline la proposition des sages-femmes de prendre de l’antharax pour me détendre, je vais bien. Ma tension est à 10,5 au moment où l’on m’emmène au bloc à 7h40. Qu’est-ce qu’il fait froid dans cette salle d’opération, heureusement l’équipe médical me couvre de couvertures. Le réveil se passe tranquillement et je me sens plutôt confortablement installée dans ce lit d’hôpital, l’oreiller est moelleux et me fait penser au mien. On me remonte assez rapidement il est presque 10h. De retour dans ma chambre vide, je suis bien partie pour refaire un petit somme en attendant Cédric… Ma voisine de chambre était la deuxième ponction de la journée, nous sommes 6 au total. Cédric sera revenu avant elle.

 

J’ai faim ! La sage femme décide de nous faire mettre debout avant de nous donner à manger : je serai capable de danser s’il fallait pour avoir droit à mon plateau repas ! Je ne sais pas si c’est l’ostéopathie qui m’aide mais je me sens plutôt bien. Même pas mal ! Impatiente d’avoir mon plat chaud je bois d’un trait un bloc de jus de pomme que Cédric m’a apporté (il est très attentif à mes désirs, j’l’adore celui-là !). Puis - enfin !- le plateau arrive avec un steak haché, de la purée, une compote, un petit fromage, du pain et en entrée une macédoine. J’engloutis la macédoine mais à peine les trois premières bouchées de steak et purée avalée, je me sens mal…

 

« Madame, gardez les yeux ouverts ! »… Trop tard, je suis raide, ailleurs, les yeux pourtant bien ouverts, livide. Cédric a pâli aussi.

 

 

 

Je reviens à moi, tendue, je cache mon visage dans mes mains, ça y est c’est passé, un petit évanouissement de rien du tout… Les sages-femmes en ont l’habitude, aujourd’hui nous sommes trois sur six à être fébriles. On me remet une perfusion (des macromolécules d’après ce que j’entends…). Maintenant j’ai la nausée et je ne me sens bien que couchée. Mon ventre a été lesté de 5kg de plomb et j’ai l’impression qu’il est tout contracté, je n’ose le bouger. Ma voisine récupère plus vite que moi, comme toujours ! Cette fois j’ai fait mon show, ma forte, mais il a fallu que je me ramasse tout d’un coup et maintenant je me sens diminuée, fatiguée et vaseuse. Je tente de prendre la position debout par étape, très lentement… en fait pendant deux heures… Enfin, je peux aller au cabinet de toilettes me rhabiller. Je marche courbée comme une mamie de 80 ans (dixit ma joyeuse sage-femme). Vient le moment des résultats : 14 follicules ponctionnés dont 11 ovocytes mûrs et 11 injectés. 11 !!!! waouh !!! 11 !!! Environ 5 transferts ? Nous en aurions pour un an pour donner leur chance à tous ! « Vous avez bien travaillé Madame » conclut la sage-femme. En tête à tête dans la chambre pour reprendre toutes nos affaires Cédric me rappelle que lui aussi a bien travaillé, avec ses magazines dans la pièce d’à côté ! Non sans avec un sourire en coin : 11 spermatozoïdes viennent de lui !

 

 

 

Le 16/11/2005

 

Mes remplaçants me donnent des nouvelles à peu près tous les jours. Ils ont l’air de suivre mes consignes et conseils : ça me rassure.

 

Je me sens nettement mieux, je n’ai plus trop de grosses douleurs au ventre. La glace fait son effet. Cédric a néanmoins annulé son déplacement à Paris pour venir manger avec moi ce midi, mon malaise d’hier l’a inquiété.

 

 

 

Le 17/11/2005

 

Jour du transfert.

 

Le téléphone a sonné à 8h30, encore endormi Cédric a répondu : nous avons RV au CHU à 11h45 avec vessie pleine pour moi et sandwichs pour tous les deux au cas où l’attente soit longue. Nous ne savons toujours pas combien d’embryons nous avons à ce jour. Je ne me presse pas de boire ma bouteille puisque le Professeur S nous fait toujours attendre. Les 6 femmes de la ponction de mardi sont là.

 

On a le temps d’enregistré les chiffres affichés dans la salle d’attente :

 

(cela ressemble à des statistiques nationales…)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

FIV   ICSI

 
 

Ponction

 
 

Transfert

 
 

Grossesse

 
 

23,1%

 
 

26,3%

 
 

Accouchement

 
 

17,9%

 
 

20,3%

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

TEC

 
 

Transfert

 
 

Grossesse

 
 

14,4%

 
 

accouchement

 
 

10,6%

 

 

 

 

Au bout d’une heure, une sage –femme m’appelle. Nous pensions être dirigés vers une chambre afin de poursuivre cette attente bien installés… Mais elle nous emmène dans la salle d’écho où le Professeur nous attend. Aujourd’hui ils sont à l’heure et que deux. Les choses ont changé depuis notre dernier transfert. Ne sachant toujours pas combien d’embryons nous avons, le Professeur nous dit « il va falloir que l’on décide de ce que l’on va faire. Souhaitez-vous désormais prendre plus de risques et tenter trois embryons ou restons-nous à deux? ». Je suis étonnée qu’il nous propose cela… face à notre surprise il explique « vous en êtes à votre avant –dernière tentative, on peut considérer que vous êtes jeunes et en rester à deux, la question se posera vraiment à votre quatrième et dernière FIV… C’est à vous de voir ». Mon cœur fait un bon, moi si bien jusqu’à présent je commence à stresser : « Je croyais que les lois avaient changé et que nous n’étions pas limités en nombre de tentatives ????!!! » « Ils sont revenus là-dessus, de toutes les façons cela ne change rien pour nous, si au bout de quatre FIV vous n’êtes pas enceinte… »… « Effectivement ce renseignement peut changer notre décision » « si vous voulez, vous pouvez réfléchir quelques minutes, nous allons appeler une autre femme avant vous ? » « Oui, pas de décision trop hâtive » « alors à la semaine prochaine ! » termine –t-il cet échange par une note d’humour dont il a le secret…. Nous voilà dans un petit bureau et il faut se décider vite.

 

Trois ça me paraît trop, on n’en profitera pas : c’est trop !

 

Et on prend le risque de faire des prématurés… Ce qui est vite un argument abandonné puisque l’on fait confiance à l’équipe médicale qui nous propose de prendre le risque.

 

 

 

D’un autre côté, le risque est augmenté certes mais quand même faible, non ? Et par contre nos chances de succès augmentent, et cela fait un embryon frais de plus à qui l’on donne sa chance plutôt que de le congeler et de prendre le risque de l’affaiblir.

 

Cédric a moins de doute : « il faut qu’on se lance je crois même que je serai heureux et non paniqué d’avoir des triplés ».

 

Dernier argument : il faut que ça marche car c’est notre avant dernière tentative, on ne peut pas se permettre de ne pas saisir toutes les chances de réussite : d’autant que nous sommes tous les deux conscients de notre divergence, en cas d’échec, du choix à faire entre adoption ou renoncement.

 

La décision est prise : on fonce !

 

 

 

Nous n’avons patienté que trente minutes avant de pouvoir repartir. Je n’ai pas ressenti ce petit « bon pressentiment » comme lors de notre deuxième FIV. Je chasse vite cette constatation de mon esprit et n’en parle surtout pas à Cédric. Nous passons le temps en mangeant et tentons de calmer notre excitation de ces dernières minutes en l’évacuant par la parole.

 

 

 

Je ne décolle pas de cette position allongée tant que je peux pendant les quatre jours à venir…

 

 

 

Et pendant ces quatre jours, je ne m’ennuie pas… Par contre mes nuits deviennent difficiles : dès que je suis allongée dans le noir, prête à dormir, je me stresse toute seule. Le fait d’avoir une limite qui m’est imposée (4 tentatives), que nous ne décidons pas nous-mêmes de quand l’on veut abandonner, m’angoisse. Surtout que derrière, aucune solution ne s’offre vraiment à nous, au contraire beaucoup de questions douloureuses devront être soulevées… Cédric ne semble toujours pas prêt à entendre parler adoption et je me sens déjà écartelée entre lui et mon désir de devenir maman. Finalement j’ai plus peur de ce qui nous attend en cas d’échec que l’échec lui-même. Je me sentirais tellement mieux si nous étions tous les deux prêts à envisager l’adoption, là la situation est une pression supplémentaire que je n’avais pas lors de nos précédentes tentatives. Je suis morte de trouille… L’émotion me gagne. Cédric me rassure et me dit de lui laisser le temps quand il faudra envisager d’autre solution il le fera. Je perds de l’objectivité, je sens combien le stress monte et je m’en veux de m’emballer ainsi.

 

 

 

Au bout d’une semaine mon état semble stagner. Je me sens bien mais ce durcissement au niveau du bas du ventre est toujours présent et sensible au toucher. Je viens de finir un livre polar «  naissance sur ordonnance » de Robin Cook dont l’énigme repose sur un contexte de FIV. Le début du récit est long mais à l’avantage de détailler les scènes sur les examens médicaux que j’ai moi-aussi subis.

 

Mes deux jours « angoissée » sont plutôt passés même si j’ai parfois encore de brève suée en pensant aux grossesses extra utérine qui pourraient survenir et empirer notre situation. Ces peurs sont engendrées par les quelques brèves douleurs que je ressens du côté gauche : des pics me surprennent et me tiraillent un peu le ventre comme pour me rappeler que rien n’est gagné même si le résultat de la prise de sang peut être positif.

 

 

 

Le 28/11/2005

 

 

 

Le réveil a sonné à 6h30, on est lundi 28 Novembre 2005. Je me lève avant Cédric pour aller à la salle de bain, sans allumer la lumière, je devine le désastre de cette journée. Je saigne. Tout s’écroule à nouveau : Cédric me prend un long moment dans ses bras. Je l’aide à se préparer avant qu’il ne parte pour cette journée de travail. Nous avons peur de ne pas y arriver, de croire que nous sommes faits pour ne pas y arriver. La vie nous refuse ce bonheur que nous nous acharnons à tenter. Nous avons mal, nous souffrons intérieurement et cette douleur ne veut nous quitter : comment lui dire au revoir, comment l’accepter, comment renoncer à cet enfant biologique. Je me raccroche aux bras de Cédric où je me sens si bien, je sens que je perds pieds. Je sens que quelque chose de terrible se produit. J’ai une semaine pour m’en remettre et reprendre ma vie normale : mon boulot, nos plaisirs simples, nos espoirs qui se résument en quelques TEC (je pense à nos embryons congelés)… Je pense à cette image d’une petite fille de 2 voire 3 ans, belle mais comme irréelle. Est –ce le moment de faire ce deuil de la grossesse ? L’idée de retrouver mes trois collègues au ventre rond et toutes celles que je vais encore croiser me dis que non, ce n’est pas possible, la logique voudrait que nous y arrivions nous aussi… Mon cœur ose me dire que je peux être maman autrement : il faut que j’accepte cette situation. J’ai chaud, je me sens engourdie. Je crois qu’il faut que je mange quelque chose, n’importe quoi. Puis je prendrai un bain pour me détendre et penser à ce qui va suivre.

 

 

 

Avant de partir Cédric m’a dit « quand tu pleureras aujourd’hui, penses à moi, rappelle –toi que je t’aime ». Il a raison, c’est fou, ça me calme autant que quand je suis dans ses bras. « Tu es forte ma Nanou » : oui, j’y crois, je sais que je vais passer ce cap et l’aider à en faire autant. Encore une ironie : le seul livre que je ne vais pas finir et le « marabout de la femme enceinte » que j’ai stoppé net lors de ma première – et seule que je retiens- fausse couche. Quoique, j’ai bien envie de le lire maintenant ou quand j’attendrais cet enfant d’où qu’il vienne. Il neige fort, mon velux se remplit, je suis enterrée sous un tas de neige. Ce n’est qu’un deuil, la vie est là. Je pense à mon père qui est en Ukraine, je voudrais adopter cette petite fille ukrainienne que je vois.

 

 

 

Papa m’a envoyé un mail et en lui répondant je lui ai parlé de notre échec : « Ce matin, ça ne va pas très bien ... Nous venons d'avoir un nouvel échec pour notre 3e FIV. Cette fois on avait pris le risque d'un transfert à 3 embryons (le CHU nous l'a proposé étant donné que la 4e FIV sera la dernière puisque l'on est limité à 4). J'ai encore une semaine d'arrêt pour encaisser avant de reprendre le travail pendant 5 jours.

 

Bisous à toi.

 

Anne »

 

Puis j’ai appelé maman 50 minutes : elle m’a dit avoir les bras coupés bien qu’elle s’habitue à notre situation. Cette fois elle n’a pas essayé de me réconforter à tout prix, avec des mots pris au dépourvu. Elle a été naturelle, pleine d’émotion et de compassion, juste et posée. Elle m’a apporté tout ce que j’attendais : du réconfort, vrai et sincère sans superflu.

 

 

 

« pupuce rappelle toi discussion : un enfant pour lui pas pour toi... »

 

Ce n'est pas le deuil de l'enfant que nous sommes en train de faire (les choses se décantent et continueront à se décanter concernant l'adoption, je suis optimiste là-dessus) mais nous devons commencer à faire le deuil d'une grossesse, d'une vie dans mon ventre. Ce deuil -là n'est pas la pire chose que l'on peut vivre... J'arrive à le relativiser mais il n'est pas pour autant fait.... 

 

De même, dès le lendemain Cédric profite d’un appel de ses parents pour trouver du réconfort auprès d’eux. Nos parents sont les premiers – et les seuls pour commencer – avec lesquels nous voulons partager ces évènements et non seulement les en informer.

 

 

 

Je viens de me rappeler un vieux souvenir : j’avais 11 ans moins 2 mois, je me suis réveillée avec des saignements comme ce matin sauf que ce jour –là j’étais très heureuse. J’avais mes règles : je devenais une jeune fille et j’étais très fière de moi, j’ai accouru vers ma mère la tête haute. J’ai toujours voulu des enfants et être enceinte. J’en voulais 4 et un mari brun aux yeux bleus. J’ai la nostalgie de cette insouciance enfantine où tous les rêves sont permis. Que dirais-je à la petite fille que j’étais si je l’avais devant moi ?

 

Combien de temps faut-il pour franchir ce cap du renoncement ? Nous savons que du côté de Cédric, sœur et belle-sœur essaie d’avoir un deuxième enfant. J’en reviens au regard des autres et au regard que je leurs porte. Un regard d’envie et même de jalousie : ces femmes enceintes ou qui peuvent se réjouir de bientôt l’être sont un miroir de ce que j’aurais voulu vivre, ce miroir est néfaste, vil. Je déteste autant que Cédric ces précautions que l’on prend avec nous pour nous annoncer une grossesse, notre fierté est ainsi blessée : nous n’avons pas le droit de mal réagir puisque toutes précautions ont été prises. Je n’aime pas pour autant les annonces brutales mais elles ont pour mérite de nous laisser nous emporter –intérieurement j’entends- sans culpabiliser. Nous ne sommes pas dupes de nos sentiments, notre manque de compassion et de générosité dans ces moments-là, cependant nous l’assumons mal et refusons de le percevoir dans les regards plein de pitié pour nous. Nous voulons donner le change et qu’on nous laisse avec notre souffrance qui n’a pas sa place dans ces instants si délicats.

 

 

 

Comment faire ce deuil ? Est-il possible de l’amorcer alors que nous avons encore des transferts d’embryons congelés de prévu ? L’espoir s’est nettement affaibli mais existe encore. Pour ma première et troisième FIV, mon endomètre était qualifié d’épais voire de très épais mais en revanche les embryons ont été produits en nombre (respectivement six et dix) et a priori doté d’une bonne qualité. Lors de notre deuxième FIV qui avait abouti à deux fausses couches, le professeur S m’avait prescrit du lutéran afin de réduire l’épaisseur de mon endomètre néanmoins il nous avait évoqué le risque de diminuer également la qualité des ovocytes. Ce détail m’interpelle : serait-il simpliste de penser que ce médicament est à l’origine de l’implantation des embryons lors de cette deuxième fiv et même du TEC qui a suivi ? Et peut-on supposer que le Lutéran aurait été également la cause d’une potentielle défaillance de ces mêmes embryons qui ont été d’ailleurs produits en plus faible quantité (quatre) ? Cette comparaison de mes résultats lors de ces trois FIV (donc deux sans lutéran et une avec un traitement initial au lutéran) , m’amènerait à croire qu’un nouveau traitement avec du lutéran me permettrait de réobtenir une épaisseur d’endomètre correcte pour favoriser l’implantation des embryons congelés issus de cette troisième FIV et qui sont a priori de bonne qualité. Manifestement, je ne suis pas encore prête à abandonner, pourtant ne faudrait-il pas que je commence à me faire une raison ?

 

 Je ne sais plus quoi faire ou penser pour avoir toutes nos chances : adapter les traitements et me confronter à mes peurs, sources d’un éventuel blocage psychologique, sont mes seules alternatives pour ne pas me sentir impuissante. Une conversation avec ma sœur me relance dans cette quête d’explications : ai-je évolué quant à la nature de mon désir d’enfant ? Est-il à présent bienfondé ? Un enfant pour lui et non pour ma fierté ?

 

 Je fonctionne en binaire : je suis soit en position 0 – où je ne crois plus en rien- soit en position 1 –très optimiste sur nos chances de réussite. Je ne connais pas

 

la demi-mesure. J

 

’espère que ce « masochisme » intellectuel portera ces fruits… J’accepte de souffrir dans mon corps ainsi que dans ma tête et j’en rajoute ! Mais jusqu’à quand ?... Je ne nous sens pas dépressifs, nous sommes heureux ensemble dans notre vie de couple mais il nous manque quelque chose pour être heureux dans notre vie quotidienne. Cédric évoque l’idée de profiter un peu plus de notre vie à deux : que faire de plus ? Suis-je capable d’être moins regardante sur le temps qui passe ?