Fini les examens préalables, les traitements préparatoires… La première FIV peut enfin commencer.

 

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10 Novembre 2003. C’est le deuxième jour de mon cycle menstruel. J’ai dû faire ma première piqûre dans une station essence car nous ne nous étions pas rendus compte de l’heure qui tournait. Cette injection doit en effet être réalisée dans une certaine plage horaire. Le traitement a commencé sur les chapeaux de roue, et pour couronner le tout, nous sommes sérieusement enrhumés, chacun de nous deux… Dans la voiture, nous étions légèrement sous le choc de cette précipitation, entre excitation et stress. Pourquoi cela ne marcherait pas ? Pour l’instant tous les espoirs sont permis. Ma première semaine de traitement s’écoule sans effets secondaires. Je prends consciencieusement des oligo-éléments… Je dois me ménager alors que je ne sens rien, aucune fatigue.

 

18 Novembre 2003. Je regrette que mon traitement ne passe pas inaperçu à mon travail. Les trois semaines d’arrêt soulèvent des questions. Je prétends devoir subir une opération sans gravité. Au niveau des proches, notre recul nous trahi. Je ne vois vraiment pas comment faire autrement, il faudra bien que nous acceptions de parler de nos problèmes de fertilité.

 

19 Novembre 2003. « La première arrivée est la première servie » m’avait-on dit au CHU… Je compte en effet y aller demain, pour 7h15. Je ne sais même plus où est situé le service, dans le bâtiment. J’ai de nombreuses choses à leur amener pour compléter mon dossier. Il faudra que je prépare tout cela dans la soirée. Ce sera la première échographie qui marquera la première phase. Cet examen indiquera si mes follicules  évoluent positivement.

 

20 Novembre 2003. J’arrive au CHU. Dans la salle d’attente plusieurs femmes sont déjà là, les yeux dans les yeux, avec toutes le même espoir…L’une d’elle m’explique : « d’habitude les gens attendent à la porte dès 6h45. Cette dame et son mari, arrivés avant nous, ont apparemment dormi dans leur voiture pour être à l’heure pour la ponction. ». Je prends conscience de la chance que j’ai d’habiter à dix minutes du centre hospitalier… Des femmes de toute la région se font suivre ici. Certaines mettent 1h30 pour venir à leur prise de sang avant de repartir un peu avant 8h30 si tout se passe bien. Je réalise que nous sommes toutes prêtes à beaucoup : nous subissons les traitements quelle que soit la cause de l’infertilité de notre couple. Nous jonglons entre travail, traitement et parfois pour certaines d’entre nous également avec les enfants…La détermination se lit sur nos visages.

 

Vient mon tour pour la prise de sang et l’échographie. La sage-femme m’explique que le service a été réorganisé et qu’elles sont toutes un peu stressées (personne n’est encore là pour lire les échographies !). Elles semblent faire avec les moyens du bord. Il s’agit - et s’agira à chaque fois - d’une échographie pelvienne, c’est à dire d’une sonde placée dans le vagin et non sur le ventre. Elle me dit que j’ai un kyste de 21mm sur l’ovaire droit avec des petits follicules prêts à sortir. Kyste qui selon elle se rétrécit… ouf ! Elles me disent de rappeler l’après midi pour connaître la suite, le temps que les médecins analysent mes résultats. Je cours à mon travail et, à midi, je rencontre mon futur remplaçant pour une entrevue qui durera 2h30. Je rentre à la maison, Speedée, je tente d’appeler mais impossible de joindre le centre. Je panique, j’appelle d’autres services, puis après une heure et demie, je les ai enfin ! Elles me disent que tout est bon. Je peux commencer les injections de gonal-f et je suis arrêtée à partir de lundi. Je raccroche et réalise que je n’ai pas bien compris le dosage. Impossible de les joindre à nouveau car le standard est fermé. Je suis à la limite de perdre mon sang froid… Je vais donc à la pharmacie pour demander conseil, j’envoie un mail à Nat et, finalement, je me fais une injection de 150 unités, comme cela est indiqué sur mes premières ordonnances… Nat m’envoie un message tard le soir, désolée de n’avoir pu m’aider, et me conseille, la prochaine fois, d’appeler le CHU à partir de 14h50 sans cesser d’appuyer sur la touche bis. Le lendemain j’ai confirmation : 150 UI de gonal-f à injecter chaque soir.

 

24 Novembre 2003. Ma première semaine d’arrêt de travail débute, après ma prise de sang matinale. La salle d’attente est toujours aussi pleine et pourtant les « habituées » sont étonnées de voir aussi peu de monde…

 

26 Novembre 2003. Je fais ma deuxième échographie : le nombre de follicules est bon. Je sens mon ventre devenir lourd. En outre, je suis la seule, pour l’instant, à avoir un contact avec le CHU. Cédric est, en quelques sortes, exclu du système alors qu’il voudrait pouvoir suivre le début de l’aventure avec moi…D’ailleurs, aucun homme n’est présent dans cette salle d’attente.

A l’échographie, les infirmières ont vu des follicules de 9,5mm à 17mm (voire de plus grandes tailles, mais ceux-ci ne seront probablement plus viables au moment de la ponction). Je crois qu’il y a en bien 20 en tout dont environ 10 à la bonne taille… Je les sens par ce ventre qui se tend. Cet après-midi je saurai donc si la ponction aura lieu lundi ou mardi. Si c’est mardi, il faudra que les infirmières que j’ai contactées soient d’accord pour venir dimanche matin et dimanche soir pour me faire une injection intra musculaire de gonadotrophine afin de déclencher l’ovulation…

Je me demande combien d’embryons en sortiront !…

Faut – il être rasée pour la ponction ??? Et faudra –t-il prendre une douche à la bétadine, un désinfectant, au CHU ?

 

 

28 Novembre 2003. Troisième échographie. L’appel téléphonique au centre, l’après-midi, m’annonce que le déclenchement est imminent. Cette étape consiste à injecter de la gonadotrophine, hormone qui permet à l’ovocyte de se libérer du follicule. En attendant, je continue avec les mêmes dosages. J’appelle le cabinet d’infirmières, qui m’indique que je devrai faire la piqûre de gonadotrophine à 22h, dimanche, soit deux jours plus tard.

 

 

29 Novembre 2003. C’est la course aux examens pour le déclenchement. Je m’allonge : tout va bien…par contre debout, c’est différent…Cédric me même dispute d’avoir sorti le linge du sèche-linge : dialogue surréaliste. Il y a quand même du bon dans les FIV…. 

 

Lundi 1er Décembre 2003. Je suis ereintée et les prises de sang ont eu raison de ma veine… Mon bras est couvert de bleus. Nous arrivons une nouvelle fois tôt à l’hôpital, mais cette fois nous sommes deux. La ponction se déroule bien et mon réveil est plus calme que lors de ma cœlioscopie. Avec Cédric, nous attendons l’attente des résultats. Cette attente est stressante, et paraît surtout très longue… Passée au bloc à 7h45, nous ne repartirons qu’à 16h du CHU. Quinze follicules ont été ponctionnés dont dix ovocytes parmi lesquels six ont été fécondés. Demain soir une sage-femme nous appellera pour nous dire où nous en sommes plus exactement et mercredi midi nous ferons le transfert.

 

Mardi 2 Décembre 2003. La sonnerie du téléphone retentit enfin…Nous avons quatre embryons formés. Un transfert d’embryons dans mon utérus aura bien lieu demain.

 

Je me renseigne sur ces étapes de la FIV et commence à me poser certaines questions techniques ou éthiques : pourquoi le transfert est si rapide après la ponction ? Apparemment seule la moitié des ovocytes fécondés sont capables de se développer jusqu’au stade de blastocystes (stade où ils s’implantent dans l’endomètre de l’utérus) et il suffirait d’attendre cinq jours pour les identifier. Pourquoi dans ce cas ne pas faire le transfert plus tard ? D’autre part, peu d’embryons peuvent supporter d’être congelés. Penser que certains qui ne seraient pas assez résistants, pourront être détruits me perturbe… Par ce système de congélation, un enfant peut avoir un frère ou une sœur né trois ans après lui et pourtant conçu le même jour…

 

Je suis un angoissée à l’idée que le Professeur nous annonce que l’on a trois embryons : deux qu’il nous implanterait et un qui serait de moins bonne qualité, même s’il est « sain » pour être congelé. Je crois que je serais prête à tenter des triplés si cela m’était proposé…

Il faut que je dorme : « arrête de cogiter Anne ! »

 

 

Mercredi 3 Décembre 2003. Pour nous, la journée est encore plus étrange que lundi. Nous sommes deux couples dans la même chambre, avec la même émotion. A 13h00, une aide soignante vient nous chercher. Cédric, jusque là ignoré du protocole, désorienté, ne sait pas s’il peut venir avec moi dans la salle d’échographie, pour le transfert d’embryons. Nous avons la bonne nouvelle d’un chiffre différent d’hier : six embryons et non plus seulement quatre. Deux seront transférés et quatre congelés. J’ai attendu ce moment depuis plus d’un an. C’est une étrange impression… Les embryons ont chacun quatre cellules (une division toutes les douze heures). Le transfert est réalisé sous contrôle échographique et le Professeur nous montre l’image de ces deux embryons « nageant » dans mon utérus… Je retourne dans la chambre où je dois rester allongée une heure avant de repartir chez moi. Une heure… Il n’y a pas d’espace temps ici…

 

J’ai trouvé curieux que Cédric n’ai pas le droit aussi à un arrêt d’une journée sachant qu’il devait être à disposition du CHU (travaillant à 80km d’ici, ce n’est pas évident !…), heureusement, il peut poser des jours de congés…

 

Avant de nous laisser partir, une sage-femme nous rend visite. Elle s’adresse à moi et ma voisine de chambre. Elle nous prévient que nous pouvons ressentir des douleurs dans trois et douze jours, signes que les ovaires travaillent pour la nidation (qui devrait se faire dans le week-end). Elle nous prescrit des ovules à mettre tous les matins et soirs, et du Dafalgan et spasfon pour les douleurs. Tout antibiotique est banni jusqu’au test de grossesse (prise de sang) du 17 Décembre.

 

Ce soir, mon ventre est moins lourd qu’hier. Cédric me bichonne, c’est le rêve… Quel bonheur finalement d’avoir eu six embryons de bonne qualité : pas de questions à se poser sur le devenir d'embryons qui n'auraient survécu à une congélation.

 

 

4 Décembre 2003. Hier soir j’avais encore le ventre assez tendu et cette nuit je me suis sentie mal. Cédric m’a alors apporté de la glace et là : magie ! Plus aucune douleur, rien… Pourvu que ça dure… On a peut être transformé nos embryons en esquimaux et mes ovaires en icebergs?!!!

La journée est reposante comme lundi et mercredi. Mais en fin d’après-midi et début de soirée des douleurs refont surface : stress? Cédric s’occupe des tâches quotidiennes (ménage, courses, lessives…). Il me prépare des plats légers depuis la ponction car mes intestins se remettent doucement de l’anesthésie.

 

5 Décembre 2003. Je ressens moins de douleurs. Mon ventre est toujours aussi tendu, contracté, mais maintenant la douleur est localisée du côté des ovaires, moins près du nombril. Je reste allongée toute la journée…

Cette nuit je me sens mal, je crains l’hyperstimulation et un séjour à l’hôpital.

 

6 Décembre 2003. C’est la super forme ! Je prends dafalgan et spasfon plus systématiquement pour que la douleur ne s’installe pas…

 

7 Décembre 2003. J’ai l’impression d’être dans ma bulle, dans mon appartement, et que le temps s’est arrêté. La vie à l’extérieure continue et j’ai du mal à le réaliser. Je flotte… Laissez – moi sur mon nuage !

 

9 Décembre 2003. Ce matin, j’ai vu un reportage dans l’émission « les maternelles » sur France5 qui traitait des couples infertiles (témoignages de couples aux infertilités inexpliquées) et qui se tournent vers l’adoption car ils vivent mal les traitements (soit du point de vue psychologique soit du point de vue physique). J’ai apprécié…Même si je n’en suis pas là.

Mais ce soir, c’est la première fois que j’ai un mauvais pressentiment car j’ai l’impression que je vais avoir mes règles. Bien sûr Cédric m’aide à me ressaisir. Nous nous disons que c’est peut être normal de ressentir certaines choses au niveau de l’utérus et qu’il est bien trop tôt pour baisser les bras. C’est venu comme un flash… J’espère que je me trompe… cela nous mine le moral pour la soirée… Nous devons réagir !

 

10 Décembre 2003. Aujourd’hui je retrouve de l’objectivité, mais je sens quand même que ma force morale s’épuise. Il faut dire que l’épreuve est longue ! Je m’en veux de douter ainsi alors que j’ai encore toutes les chances de mon côté…

Mes sensations au niveau du ventre sont continues mais j’essaie de moins y penser. J’espère avoir la réponse, quelle qu’elle soit, au test du 17/12/2003 et non en ayant mes règles auparavant.

 

11 Décembre 2003. Cette sensation à mon ventre (comme si j’allais avoir mes règles) n’est pas très forte mais persiste et dure depuis maintenant trois jours. Parfois je me demande si ce n’est pas aussi intestinal. Pourtant je continue à y croire même si je stresse de plus en plus. Je commence à m’observer : mal de seins ? Grosseur des seins ? Et je dors peu la nuit : cela fait trois jours que je dors de 23h à 3h30 puis de 7h à 10h. Je cogite beaucoup entre deux…

 

Je retrouve mes mécanismes pour me détendre face à cette pression grandissante : j’ai organisé ma semaine pour m’occuper l’esprit par des activités « douces » (sieste, TV, lecture, travaux manuels, écriture, cuisine, un peu de travail, bain, etc…). Il fait beau et froid, les toits des maisons sont blanchis et ça aide pour le moral !

 

Je continue néanmoins à focaliser sur LA question : je guette le moindre changement qui pourrait être signe de grossesse. Je continue à écrire tous les jours à Nat qui m’encourage et me rassure. Je commence même à devenir versatile au niveau de l’humeur… (Excitée, songeuse etc…). Pas évident de ne pas écouter le moindre signe de son corps même si l’on sait bien qu’il faudra encore attendre pour connaître la réponse… Attendre quinze jours, c’est long… Et puis c’est le moment crucial de l’aventure alors comment ne pas trop y penser ?!…

 

Je suis soulagée de fêter le réveillon de Noël et nouvel an qu’avec Cédric. Je suis consciente qu’il ne faudrait pas trop que je me renferme sur notre couple. Mais je pense que c’est raisonnable de ne pas voyager et de ne pas s’user le moral en faisant semblant que tout est normal, que c’est le train-train quotidien. Et puis je ne sais pas du tout dans quel état nous serons dans quinze jours… Je vais à l’encontre du conseil entendu il y a peu de temps : « Il ne faut pas vous exclure »…